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> Compte-rendu du séjour / à la rencontre des cétacés des Açores

 

> Juillet 2000 / Archipel des Açores - Océan Atlantique

 

Dans le cadre des séjours d'été, une quinzaine d'adhérents du centre d'animation Garef Océanographique, club scientifique de jeunes de la Mairie de Paris ont embarqué durant presque 3 semaines pour l'archipel des Açores. 

 

" J’en vois un, j’en vois un ! " Sous le regard émerveillé d’Antonin, le benjamin du groupe, un aileron gris se profile à la proue du bateau. Cela fait maintenant deux semaines que nous avons quitté Paris pour les Açores. Au programme : rencontrer des chercheurs, découvrir les reliefs, la faune et la flore terrestres et aquatiques, nager avec des dauphins et …. en déterrer un !

 

Nous partons à la découverte d’îles mythiques, vestiges de la légendaire Atlantide. En bons apprentis explorateurs, nous avons longuement préparé notre voyage : cours de biologie sur la faune et la flore des 9 îles, entraînements intensifs en piscine (plongée et apnée), rencontre avec des taxidermistes du Muséum d’histoire Naturelle pour y apprendre les rudiments de notre futur rôle de fossoyeurs. D’île en île, nous avons vécu au rythme de la mer, à l’ombre des laboratoires et des allées d’hortensias. Première escale, Ponta Delgada, petite ville portuaire de l’île de São Miguel.

 

Premières impressions : c’est vert. Etonnement vert. Intensément vert. Carnet et stylo à la main, nous partons à la rencontre des scientifiques de l’université.Victor Hugo Forjaz, vulcanologue, se charge de nous faire découvrir les merveilles géologiques de son île. Centrales géothermiques, caldeiras, fumerolles, tout n’est que reliefs monumentaux, roches fascinantes et impressionnantes.

 

Mais l’activité géologique a aussi ses bons côtés. Nous nous délassons ainsi dans l’eau à 35 degrés d’une source d’eau chaude, véritable jacuzzi naturel dans un écrin de fougères géantes. Nous nous prélassons sur les plages de sable noir, dorés par le soleil, ensorcelés par les eaux turquoises. La visibilité, sable oblige, reste quelque peu réduite mais le plaisir de plonger dans les fumerolles sous-marines est intact. Paris est bien loin !

 

> A la croisée des sept mers

 

Des quatre coins du globe, les marins se retrouvent à Faïal. Voyageurs au long cours ou visiteurs d’un jour, tous laissent une trace de leur passage en inscrivant le nom de leur bateau sur les quais du port d’Horta. A notre tour, nous inscrivons le centre d'animation Garef Océanographique au Panthéon maritime. Le port d’Horta peut désormais se vanter d’avoir le logo du centre entre celui d’un vieux gréement et celui d’un bateau de pêche! 

 

Horta est une véritable île aux trésors, une terre sauvage et paradisiaque.

 

A nous caldeiras, volcans et chemins bordés d’hortensias. Des randonnées - très physiques – jalonnent notre séjour. Nous partons ainsi au cœur d’une caldeira, cratère volcanique aux parois de plus de 400m de hauteur, puis effectuons l’ascension du Capelinhos, un volcan émergé en quelques jours il y a 40 ans. Le contraste est saisissant. De la végétation luxuriante de la caldeira aux cendres lunaires du volcan, Faïal, spectaculaire, n’est que dépaysement.

 

Les profondeurs sous-marines recèlent elles aussi des richesses insoupçonnées. Nous participons aux travaux des scientifiques du DOP (Département d’Océanographie et de Pêche ), qui mêlent recherche en laboratoire et plongées. Bibliothèques, médiathèques, laboratoires mis à notre disposition nous permettent de procéder à nos propres expériences et de photographier les poissons que nous pêchons en apnée. Les conférences de Peter Wirtz, bien connu des plongeurs, sur la faune et la flore açoréennes ou la participation aux projets en cours nous donnent une assise scientifique. Nous participons ainsi à la pose de balises sur des tortues marines et à la dissection d’une tortue moins chanceuse retrouvée morte. Loin de nous transformer en petits rats de laboratoire, nous alternons travail dans les locaux du DOP et études sur le terrain. Plongées en bouteilles, de jour comme de nuit, plongées en apnée, les fonds sous-marins sont à l’honneur.

 

Munis de plaquettes d’identification, ardoises, nasses, appareils photos et caméra au poing, nous effectuons un relevé précis de la faune et de la flore. Girelles turques, poissons perroquets, diodons et poulpes, très professionnels, se prêtent volontiers à nos prises de vues. Que l’on ait la tête dans les bulles ou que l’on se prenne pour des apprentis Pelizzari, des balistes, des murènes, mérous et autres raies pastenague viennent à notre rencontre. Mer calme, bonne visibilité, faune et flore à profusion, sites magnifiques, c’est le paradis du plongeur ! De nuit, certains ont même pu approcher un petit calmar, souvenir des abysses qui déchire un court instant le plancton phosphorescent.

 

Il est rare de plonger en compagnie des calmars, plutôt domiciliés dans les grandes profondeurs. Ceux-ci sont les mets favoris des cachalots, qui manquent également à l’appel cette année, comme nous l’apprendrons à nos dépens… Mais si nous n’aurons pas la chance d’apercevoir ces géants des mers, nous allons néanmoins pouvoir nager avec le plus médiatique des cétacés, le dauphin. Nous prenons à nouveau la mer pour Pico, l’île voisine. Destination :cétacés. Serge Viallèle, directeur du centre de whale-watching Espaço Talassa se charge d’organiser cette rencontre tant attendue.

 

> L’île aux dauphins

 

Ultime escale, l’île de Pico. Pico et son volcan éponyme, veillant sur les 9 îles du haut de ses 2352m d’altitude. La vision de ces roches majestueuses, auréolées de nuages, nous hante jusqu’à l’autre bout de l’île, à Lajes do Pico où nous prenons nos quartiers. Au menu : camping dans le gymnase des pompiers de Lajes et chasse aux dents de cachalots dans les anciens ports baleiniers. Une seule question occupe tous les esprits: mais où sont les dauphins? Ils sont au rendez-vous dès notre première sortie en mer avec Espaço Talassa.

 

João Quaresma , le skipper, nous conduit d’abord vers des dauphins de Risso, éblouissants cétacés à la peau striée de cicatrices blanchâtres, puis vers un groupe de Grands dauphins (Tursiops truncatus). Emerveillés, nous nous mettons tous à épier la crête des vagues, à l’affût d’un semblant d’aileron ou du moindre petit bout de nageoire caudale…. La fête est à son comble quand João nous autorise à nous mettre à l’eau. Mots d’ordre: sécurité et discrétion.

 

Deux par deux, en palmes, masques et tuba, nous partons à la rencontre du célèbre Flipper. Ombres qui s’approchent, font volte-face, reviennent brusquement, vous observent à quelques mètres de distance puis disparaissent dans le bleu . Instants magiques, souvenirs inoubliables… sourires ébahis et discussions interminables " moi j’en ai vu 5 , 5 d’un seul coup ! " " si, je te jure, il m’a regardé ! "…

 

> Les fossoyeurs de la mer

Mais si nous avons eu la chance de nager avec des dauphins bien vivants, nous procédons aussi à la nécropsie d’un Tursiops… c’est-à-dire déterrer et reconstituer le squelette d’un dauphin de 3,70 mètres. Cet animal a été retrouvé mort en mer en août 1999. Pour pouvoir récupérer les os, il avait fallu transporter le cadavre du dauphin (jusqu’à une énorme fosse,) dans un terrain forestier, pour que la nature fasse son œuvre. Impossible en effet de laisser se décomposer sur les plages un animal de 500kg! Nous voilà donc transformés en fossoyeurs.

 

L’appréhension et le dégoût font bientôt place à l’intérêt général : sous le regard attentif d’André, détaché du service de la nature du ministère de l’environnement chargé de nous épauler, nous nous mettons à creuser… Après quelques coups de pelle, nous découvrons un squelette en bon état. Les chairs ont presque disparu, il ne reste pratiquement plus que des os. A nous maintenant de parfaire le travail et d’appliquer les connaissances acquises au Muséum. Chacun s’attelle à la tâche malgré l’odeur persistante et l’aspect parfois peu ragoûtant des ossements! Il faut dissoudre les derniers lambeaux de chairs à l’aide d’une enzyme très efficace, la papaïne, les dégraisser à la lessive, puis les brosser, les étiqueter afin de remonter le squelette dans le bon ordre.

 

De jeunes Açoréens membres d’Ecoteca, un centre de conservation de la nature, nous aident dans les phases finales. Une semaine s’avère être en effet un laps de temps bien trop court pour reconstituer le squelette entier, ce sont eux qui seront chargés de blanchir et d’assembler le squelette. Celui-ci sera exposé dans leur centre et servira de point de mire pour une campagne de sensibilisation sur les cétacés. Ces mammifères marins occupent une place très importante dans la culture açoréenne. La chasse au cachalot n’a pris fin qu’en 1987, et on peut observer au large de ces îles près d’un quart des espèces de cétacés. A la lisière des villages côtiers aux murs blancs nonchalamment baignés de soleil se dressent les imposantes ruines des anciennes usines baleinières … 

 

Paradoxes des Açores, îles où présent et passé se confondent. Terre et mer font alliance pour vous ensorceler, et le parfum enivrant des hortensias vous poursuit encore longtemps dans les couloirs du métro parisien! C’est un peu de ce rêve éveillé qui se poursuivra en décembre prochain, avec l’exposition que nous réaliserons au Palais de la découverte. Si les dauphins bleu et blanc auront du mal à venir y nager, les adhérents en revanche pourront donner libre cours à leurs souvenirs de marins d’eau douce .

 

 

> remerciements

 

Nous tenons à remercier tout particulièrement pour leur aide : la Mairie de Paris, le Palais de la découverte, la Fondation Nicolas Hulot, la Direction de la Culture de la Région autonome des Açores, le Département d'Océanographie et Pêche (DOP) de l'université des Açores, Espaço Talassa, l'Ambassade du Portugal en France, l'association Cap-Magellan, l'Ecoteca de Pico... ainsi que toutes les personnes qui nous ont accueillies dans l'archipel...

 

Ce séjour, compris dans un projet plus large, a donné lieu à une exposition : "Açores, des Baleines et des Hommes" organisée par le centre d'animation Garef Océanographique.

 

 

> articles de presse sur le séjour

  • A la découverte des Açores (Latitudes magazine n°11 / mai 2001)

  • Mission scientifique du Garef aux Açores (Cap Mag / janvier 2001)

  • Le Garef aux Açores : l'éclate scientifique (Océans magazine / novembre 2000)

  • Association : de Paris aux Açores (Mer et littoral n°42 / septembre - octobre 2000)

 

 

 

pose de nasses pour attraper quelques échantillons 

 

 

 

 

logo du club peint sur le port de Horta par les participants

 

 

 

 

l'équipe découvre la Caldera

 

 

 

 

pose d'une balise Argos sur une tortue Caouanne à l'Université

 

 

 

 

le mont Pico auréolé de ses nuages domine la mer 

 

 

 

 

observation des cétacés

 

 

 

 

une partie de l'équipe devant le dauphin 

 

 

 

 

nettoyage des ossements du dauphin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   


      

       

 

   

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